Le ridicule ne tue pas, mais il fait mal au cul

J’ai pas mal hésité, avant d’écrire ces lignes. Quand je vois les exploits sportifs de « Tiboss » et « Ekoy Bilette », mes frasques vont paraitre grotesques. Mais bon, c’est aussi cela, Internet.

Après plusieurs semaines de tours de roues sur le home trainer, je voulais voir ce que cela pouvait donner « en vrai », pour me faire une idée. Je me suis donc décidé ce matin, en choisissant des routes bien connues, pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Quelques minutes avant de décoller, je me résous à faire sans électronique : la pile de mon Polar est KO, et je n’ai pas encore monter le nouveau compteur. Tant pis, on fera ça à l’ancienne.

Les premiers kilomètres se passent bien. Les jambes tournent correctement, le dos va bien. J’y vais avec beaucoup de précautions, cela va tout tout tout doucement. Cela ne sert à rien de bourrer, ce n’est pas l’objectif de cette sortie. La météo est sympa, j’y vois des bonnes ondes pour cette promenade. Petit bémol tout de même, sur une relance je constate un bruit de frottement de freins sur la roue avant. Mouais, bof, je décide donc de rester le cul sur la selle, pour éviter les mauvaises surprises.

J’arrive à Mauzac assez rapidement, avec en vue la principale « difficulté » de la journée : la montée vers Montaut. Oh, attention, cela n’a rien d’un col, juste une succession de 3 côtes permettant d’atteinte le petit bled de « Montaut », perché en haut des coteaux. Tiboss a déjà eu l’occasion d’y gouter : rien de violent pour lui, mais ça casse tout de même un peu les pattes.

J’attaque donc les premiers mètres rassuré par ces kilomètres joyeux. Mais je dois me résoudre à aligner le braquet de fainéant, incapable d’avancer. Je sens que mon rythme cardiaque monte trop vite, sans pouvoir le mesurer. Mon asthme à l’effort se rappelle à moi. Putain, j’ai été tranquille pendant 15 ans, et voilà que ça revient depuis l’année dernière. J’essaie de trouver un second souffle. Les jambes brulent, mais je vois le haut de la côte.

Satisfaction de courte durée, j’avais oublié qu’on enchaine la deuxième étape quelques mètres plus tard. La ligne est droite, dévoilant sans équivoque le pourcentage. Implacable. Les gambettes sont en feu. Je suffoque. Je dois être facile à 185-190 pulsations par minute. Je suis collé à la route. Ce ne sont plus mes jambes qui me font avancer, mais la fierté. Plusieurs fois, j’envisage de mettre le pied à terre … mais pourquoi faire ? Finalement, je ne sais pas comment, je passe cette montée. J’entame direct la descente qui suit, mais une légère glissade sur des gravillons me montre que je n’ai plus aucune lucidité, je mets pieds à terre dans la descente, pour m’alimenter et boire un coup.

Après quelques minutes, je repars, pour le dernier tronçon. Je lutte, je souffre, je meurs au moins 6 fois, j’ai l’impression d’être arrêté, voir de faire de la marche arrière, mais cela passe. Je suis cuit de chez cuit, je décide donc de raccourcir le parcours, pour rentrer tranquillement. Je pause quelques minutes pour profiter du point de vue.

La descente vers Noé est pénible. Je n’ai plus aucune lucidité, je suis debout sur les freins. Je suis même à la limite de chuter dans les épingles, tellement ma vitesse est faible. Je me rends à l’évidence : j’ai les jetons dans ces descentes. Fatigue ? Peur du matériel, de la chaussée, de la vitesse, des autres véhicules ? J’en sais rien, mais je flippe. Je suis ridicule. L’arrivée à Noé est un soulagement. A peine entré dans le bled que j’entends un vilain bruit de casserole : je viens de perdre un porte bidon et le bidon qui va avec ! Des sueurs froides me parcourent l’échine : et si j’avais perdu tout ça dans cette fameuse descente ?!? J’évacue très vite cette idée, sinon je ne pourrai plus rien faire.

Je rentre tant bien que mal, mais chaque kilomètre est une souffrance : mon dos me fait souffrir, j’ai mal au cul, mes jambes sont dures. Je n’ai plus de jus, je fais un peu n’importe quoi. Je me surprends même à faire de la roue libre sur du plat. J’arrive enfin à la maison. 2h15, pour une quarantaine de kilomètres. Oui, vous avez bien lu. Ridicule.

C’est pas gagné.

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